Lettre à XxxkkoqxxX : "J'aime le poker comme toi tu aimes te masturber!"
NB : on comprend le titre à la fin du tldr 
Cher XxxkkoqxxX,
Avant toute chose je tiens à préciser que tout ce qui va suivre n'engage que moi et qu'il s'agira de ma vision personnelle de la chose.
Les questions que tu soulèves sont très pertinentes car je pense qu'il n'est pas un joueur de poker qui ai jamais été confronté au moins une fois à ce genre de problème. C'est la raison pour laquelle je sens nécessaire de te répondre en bon et due forme. Je vais ici t'exposer mon point de vue et te donner les clefs qui m'ont servies dans les épreuves qui furent les miennes.
Dans ta réaction plusieurs problème inhérent à la sphère du poker sont énoncés :
- Le problème du joueur compulsif.
- La réalité "long terme" du poker (qui est contre-intuitive pour quelqu'un de non-initié).
C'est deux sujets très sensibles car on entre dans des domaines émotionnels d'un coté et rationnels de l'autre. On rentre dans un débat qui alie psychologie ET science. Rare sont les disciplines qui proposent une telle richesse et c'est également pour ça qu'on est très souvent démunis face aux confrontations que tu t'éfforces d'exposer.
Le problème du jeu pathologique :
Définition de wikipedia
lien wikipédia
Parmi ceux qui s'adonnent aux jeux de hasard et d'argent (gambling en anglais), certaines personnes développent une pathologie :
le jeu devient une maladie ou une dépendance se traduisant par une impulsion incontrôlable à miser de l'argent.
La dépendance est caractérisée par un état de besoin impérieux de faire une activité, ou de consommer une substance,
et par la nécessité d'en augmenter la fréquence ou la dose afin d'en maintenir l'effet et d'éviter l'état de manque (malaise, angoisse).
En 1980, l'association américaine de psychiatrie reconnaissait le jeu pathologique comme un trouble de l'impulsion (DSM-III, 1980).
Selon une étude, 1 à 2 % des adultes répondraient aux critères du jeu pathologique.
Je t'invite sincèrement à aller lire attentivement l'article en entier qui explique de manière pertinente les tenants et aboutissants de cette pathologie.
Je pense d'ailleurs sincèrement que tous les joueurs de poker sont concernés de manière plus ou moins forte par cette pathologie.
Alors sommes-nous des joueurs compulsifs ?
Je pense que oui. Du moins si on en regarde l'article, on peut retrouver beaucoup de traits qui nous caractérisent (pas tous, mais certains).
Quand on regarde les facteurs de motivation par exemple, on retrouve beaucoup de comportements propres au joueur de poker :
- La nécessité de succès spectaculair, (...) de performer.
- La recherche d'une activité qu'on peut contrôler pour se libérer d'un état de dépendance émotive.
- La recherche d'un regain d'énergie ou une libération d'endorphine.
- Etc.
Sincèrement, au moins une fois dans ma vie je me suis retrouvé à jouer au poker avec inconciemment l'une de ces ambitions.
Je pense qu'il est important de comprendre, en fait, que lorsque nos proches s'inquiètent pour nous, ils le font à raison. Les jeux d'argents sont réellement dangereux et lorsque quelqu'un devant nous, nous dit (je te cite):
bien fait pour ta gueule,l'argent ça ne se joue pas aux cartes et encore moins sur internet
... et bien il a sans doute raison, et je dirais même qu'il s'inquiète pour toi.
Durant ces derniers mois où j'ai beaucoup travaillé sur moi en faisant de l'introspection, ce sujet était fort présent dans mes pensées ;
Suis-je un joueur compulsif ? Et si oui, devrais-je arrêter le poker ?
C'est un sujet tabou pour nous car ça nous relayerait au rang de malade mentaux aux yeux du monde entier. Il s'agit d'une énorme remise en question qu'il faut cependant faire pour être à l'aise avec ce sujet lors de discussion avec des personnes pour qui le Poker n'est qu'un jeu d'argent comme la roulette ou le blackjack.
Une chose que j'ai apprise en lisant le superbe livre "changer d'Altitude" de Bertrand Picard, c'est qu'il y a des vents devant lesquelle on ne peut pas avancer si on les combat frontalement, il est nécessaire de changer d'altitude pour profiter de courant différent. Ce que je veux dire c'est qu'il est peut-être intéressant d'écouter l'inquiétude formulée en face de toi et d'établir un dialogue sans tabou (ni pour toi, ni pour lui) avec la personne qui te veut du bien. Ce n'est qu'en établissant un vrai dialogue que tu arriveras à établir une relation de confiance et où tu pourras, par la suite, entretenir une relation saine pour ton équilibre social mais également envers toi-même. Pour installer cette relation, il va falloir casser certains murs, certaines valeurs, qui peuvent te paraître vitales aujourd'hui.
On parle ici de remise en question profonde sur les motivations réelles qui nous incitent à faire/jouer au poker.
Tu remarqueras que la condition principale pour établir une relation saine à ton équilibre social est l'écoute, mais l'écoute réciproque !
C'est vraiment primordial et ça fou les jetons (si je puis dire) si le travaille est fait correctement.
Je vais maintenant quitter le monde psychologique pour entrer dans le monde scientifique. Je reviendrai plus tard, lors de la conclusion, pour expliquer mon point de vue et pourquoi, même si je pense être au moins en partie un joueur pathologique, je continue dans cette direction.
Le long terme... ça aussi, ça fout les j.. boules !
Le long terme est au poker ce que l'infini est à l'espace.
(et c'est de moi ^^)
Je t'invite à regarder (et à t'abonner à sa chaîne car il fait des superbes trucs) ces deux vidéos sur l'univers (11min et 18min) :
Mais je vais te demander d'imaginer qu'à chaque fois qu'il parle de grandeur tu fasses l'analogie avec le long terme.
Le long terme on ne l'atteint jamais vraiment, on y tend. Par conséquent, le poker est un jeu fortement incertain à court terme. Tout joueur de poker qui veut dégager du profit doit accepter cette réalité. Par conséquent, tu comprendras que si tu veux expliquer tes déboires à des personnes étrangères à la discipline, elles auront énormément de mal à comprendre ce que tu voudras leurs expliquer. C'est parce que d'un coté il va falloir expliquer que le poker est un jeu rentable, mais en plus qu'il est rentable sur le long terme ! La notion de variance et l'état psychologique tangent à celle-ci sont donc difficilement explicables si ce n'est via des analogies... Et on touche là aux limites de la communication.
Le poker est donc un monde fascinant de part ses récompenses (matériel et émotionnel), ses opportunités, mais également ses dangers. Refuser les débats qui se jettent sur nous c'est, je pense, faire une stratégie de l'autruche qui ne nous sera pas salvatrice à plus ou moins long terme. Il faut comprendre nos motivations et faire la part des choses pour se situer au milieu de l'infinité de nos émotions.
Personnellement, j'ai l'intime conviction qu'un "bon" joueur de poker est une personne qui n'utilise pas ce jeu comme une fin mais comme un objet pour faire quelque chose.
Il y a comme une nouvelle dimension qui s'ouvre aujourd'hui lorsqu'on parle de poker. On a l'impression d'évoluer dans un monde parallèle avec des statuts sociaux, des nouvelles identités, mais également les mêmes effets pervers que nous offre le monde réel sur les foules (matérialisme etc.). Il est donc important d'arriver à se situer là-dedans avec un regard critique au même titre qu'on a le droit de se poser des questions philosophiques sur les attentas de Charlie Hebdo par exemple.
Mon introspection m'a permis de comprendre que je ne m'identifiais pas au système actuel et que c'est non pas en étant sédentaire et en ayant un travail avec une vie de famille que je serai heureux. C'est en étant libre de voyager et de partager des moments vrais aux quatre coins du monde, c'est en étant témoin de... que je trouverai mon bonheur. Alors j'avoue qu'il est fort possible que je corresponde à la description d'un joueur pathologique mais c'est un choix conscient que je fais car je refuse de subir la société avec ses règles qui me font vomir pour la plupart. Le poker me procure du plaisir par libération d'endorphine (au même titre que le sex lors de l'orgasme).
Alors oui : j'aime m'occuper le cerveaux avec des milliers de décisions, j'aime challenger mon raisonnement à l'épreuve de mes émotions, j'aime le stress d'une table finale et l'impression de dominer un adversaire, j'aime me sentir complètement violé lorsque je me level au 3000iem degré et que vilain en était resté au qu'au 1ier (c'est mon coté maso ^^), mais j'aime surtout l'idée que le poker est très certainement la clef pour accomplir ce que j'ai de plus cher aujourd'hui : être libre en faisant ce que j'aime !
